Repositionnements de l’identité culturelle d’un traducteur chinois en France dans l’entre-deux-guerres: le cas de Jing Yinyu
摘要
Jing Yinyu, figure-clé des échanges littéraires sino-français de l’entre-deux-guerres, est généralement considéré comme un traducteur pionnier faisant dialoguer la littérature française et chinoise de son temps. L’importance de son activité traductive—notamment celle de l’Anthologie des conteurs chinois modernes (1929)—demeure toutefois peu explorée. Inscrit dans le contexte des débats Orient/Occident de l’entre-deux-guerres, en France comme en Chine, son travail témoigne des repositionnements subtils de son identité culturelle située entre les deux pôles. En premier lieu, la valorisation de l’Orient par Romain Rolland, au cœur de la vogue des « appels de l’Orient » dans l’intelligentsia française, influe profondément le positionnement discursif et la pratique traductive de Jing Yinyu. Deuxièmement, formé en France et marqué par l’idéalisme héroïque de Jean-Christophe, Jing conserve d’abord une certaine distance à l’égard des discours pro-orientaux, dans la mesure où il reste globalement fidèle à l’horizon intellectuel du Mouvement du 4 mai, qui associait le renouvellement de la Chine aux savoirs occidentaux. En dernier lieu, le « retour à la voie du Tao » formulé par Jing Yinyu peut s’expliquer en partie par une adaptation stratégique aux attentes orientalistes en France. En même temps, il traduit une critique accrue des modèles occidentaux et une nostalgie culturelle plus prononcée qu’auparavant. Cependant, les discours de Jing dans l’Anthologie ne relèvent pas dans l’ensemble d’un repli intransigeant vers la tradition chinoise, car ils ne supposent pas un rejet définitif de l’influence occidentale, mais révèlent plutôt l’hybridité inévitable de la modernité chinoise.